lundi, mars 09, 2009

Quis custodiet ipsos custodes?


Pourquoi je n'ai pas aimé Watchmen, sans ordre particulier.

- Toutes ces scènes de violence et de combats inutiles. Je n'ai jamais été particulièrement amateur d'arts martiaux, donc je saisis mal le besoin qu'il y avait de rajouter cette scène dans la prison où Nite Owl II et Silk Spectre II cassent quelques os de plus, ou de faire durer 15 minutes la scène de l'assassinat du Comédien. Au mieux c'est inutile et ennuyeux. Mais pour certaines ça nuit complètement au propos de l'oeuvre. Par exemple, quand Rorschach se fait capturer par la police, il se foule la cheville et se prend des coups par les 4 ou 5 policiers qui lui tombent dessus. Au lieu de ça, il fait une roulade en arrivant, casse quelques côtes en plus pour le fun parcequ'il est super fort, une balayette par-ci, et se fait difficilement maîtriser par une douzaine de policiers terrifiés.

Autre exemple, la confrontation finale avec Veidt : dans le comic, Rorschach essaye de l'attaquer par derrière, se fait maîtriser avec une fourchette, Dreiberg avec une assiette. Plus tard, Rorschach essaye une nouvelle attaque, toujours sans succès, avec la fourchette en question. La 'violence' de cette scène est très limitée, et, en plus d'être drôle, montre la facilité avec laquelle Veidt maîtrise ses petits camarades, qui encore une fois N'ONT PAS DE SUPER POUVOIRS. Ce sont des humains normaux avec des costumes ridicules, alors les sauts de 20 mètres qui s'achèvent dans un mur en béton dans lequel ils laissent un trou de 15 centimètres de profondeurs et dont le personnage se remet indemne, ça le fait pas. Bref tout ça fait très apologie de la violence de mauvais goût, ou, si l'on est indulgent, violence de mauvais goût tout court. Dans les deux cas, ce n'est pas terrible.

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La morphologie des personnages : Nite Owl II est très musclé et à de magnifiques pectoraux, tant mieux pour lui. Mais normalement, même avec son costume, on voit très clairement qu'il a un ventre assez volumineux. Cela peut paraître anodin, mais ça participe à une logique de ré-héroisation de personnages dont la présence était censée déconstruire le coté super-héros. Même chose pour Rorschach, qui est devenu une sorte de super combattant ninja, mais qui en plus est devenu trappu et musclé, alors qu'il est dans la BD grand et svelte (et qu'il n'aime pas les gros : c'est important, en plus des commentaires bourdieusiens qu'on pourrait faire à ce sujet, il le dit à son psychiatre en prison : or dans l'histoire qu'il raconte juste après, l'assassin de la petite fille est lui aussi gros, et c'est évidemment lié. Or, dans le film, vlan, on se retrouve avec un petit maigre. C'est aussi une autre source de déception pour Rorschach par rapport à Dreiberg). Bon je n'ai pas aimé non plus l'effet visuel de son masque mais ce n'est pas très important je suppose.

Ensuite, Adrian Veidt. Pour le coup trop androgyne et pas assez musclé. Il a l'air serein et affable dans la bande dessinée, le film lui donne un côté conspirateur et sournois qui semble dire "hé, regardez, c'est lui le vilain en fait" dès sa première apparition. C'est le seul personnage qui, sans avoir de super-pouvoirs, peut vraiment faire des choses extraordinaires grâce à sa recherche de la perfection physique et mentale. Le costume de Silk Spectre II est encore plus moulant et le film me semble encore plus mysogine que la BD, ce qui n'est pas rien. Rien à redire sur le Comédien. Dr Manhattan est plutôt convaincant, même si la morphologie de son visage conserve trop d'imperfections 'humaines' (je me comprends) à mon goût.

- L'héroïsation de Rorschach, qui pérpétue la regrettable erreur d'interprétation que faisaient déjà un certain nombre de lecteurs de Watchmen. Rorschach est un personnage fasciste et psychopathe, mais c'est avant tout une caricature très drôle et volontairement pleine de contradictions. Snyder en rajoute -involontairement- dans le coté caricatural, avec cette voix grave et qui se prend très au sérieux du personnage, avec sa colère quand il se fait capturer (il hurle "no!" et se met à courir partout comme un demeuré, là où dans la bd il répéte juste 'no, no. no." en réfléchissant calmement à la façon dont il pourrait s'en sortir.) Même erreur de goût et d'intérprétation de ce que le personnage imagine 'être Rorschach' : la scène où il retrouve le meurtrier de la petite fille. Au lieu de l'attacher calmement avec une scie pour se couper le bras et de mettre le feu à l'endroit, il s'énèrve à lui fendre le crâne avec un couteau de boucher.

Même l'une des deux scènes où le ridicule de Rorschach craque un peu (celle de sa mort) et où le personnage devient émouvant au lieu d'être sympathique et grotesque est gâchée par l'ajout de la présence de Dreiberg qui pousse (c'est une manie) un 'no!!!' assez carnavalesque et déplacé.

- La suppresion du détail. J'ai lu à droite à gauche que c'était très fidèle au comic etc. La trame générale, ok. Les personnages, non, j'ai déjà dit ce que j'en pensais. Mais quelque chose qui m'a chagriné, c'est pourquoi ne pas avoir repris plus des détails qui participent à l'ambiance de la BD : les pipes futuristes que fument les personnages, le fait que Rorschach pique du sucre chez Dreiberg et le mange ensuite à travers différentes scènes de l'oeuvre, les voitures éléctriques... Il y avait bien quelques zeppelins, mais bon il y aurait pu en avoir plus! (on n'a jamais assez de zeppellins)

- La fin : moi j'aimais bien ce gros alien, ça donnait un petit coté kitsch et auto-parodique à l'ensemble, et ça illustrait bien plus l'image du noeud gordien nécessitant une réflexion originale et le coté inquiétant et ridicule de l'intelligence enfermée d'Adrian.

- Les choix musicaux étaient fort peu audacieux, et comme l'a dit Yglesias, une mini-série aurait été un format 15 fois plus adapté qu'un long métrage. Il y avait aussi quelques bonnes idées dans le film, mais je ne reviens pas dessus, parceque je suis une personne très négative. D'ailleurs j'aurais encore sans doute d'autres commentaires à faire, je les rajouterai vraisemblablement plus tard.

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